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Photo de danseuse en répétition sur le ballet Seasons - ECR 2018

Estelle Planson en répétition sur le ballet Seasons © Christelle Plessis photographe

Les ballets Breath et Seasons ont été présentés le samedi 23 juin 2018 sur la scène du Théâtre de la Coupe d’Or, à Rochefort (17).

Un samedi soir sur la scène du théâtre de la Coupe d’Or à Rochefort

Passer la porte bleue de l’entrée des artistes, traverser l’étroit couloir, circuler dans le labyrinthe aux sombres recoins de la Coupe d’or, puis, dans son vieil escalier en colimaçon, s’étourdir, de légères crampes dans les cuisses.

Arrivés là-haut, entendre les petites voix pépitantes des enfants. Se laquer, blusher, se parer de couleurs vives ou douces. Poudrer les joues lisses et rebondies de la jeunesse puis tenir sa main toute douce et frêle jusque côté cour.
Alors, en rang de danseuses, face à la scène, partageant nos accoudoirs et nos mouchoirs, sentir nos cœurs accélérer, pleurer d’amour, rire de joie, attendris d’une enfance déjà si déterminée, époustouflante. « L’Amour »

Les heures passent comme des minutes au rythme des comptes, des placements, des réglages, micro/casque à l’oreille : lumière, rideau, musique, scotch et culotte chair.
Puis, quelques noisettes torréfiées, « pom’potes », chocolat, clope et café sous le regard d’un graffiti… ça va être à nous.

Ouverture des portes, ruée du public affamé de voir. On l’entend, on va l’épier entre deux rideaux noirs.
Et maintenant, « Y’a d’la joie ». La musique envahit le théâtre, vibre jusque dans nos corps qui vont et viennent, particules errantes, ici ou là selon une rencontre, au gré d’une main tendue, d’une oreille, d’un sourire, d’une parole.

C’est à Nous !

Côté cour. Côté jardin. Les cordes des violons du printemps frémissent. Levée de rideau. Première, seconde, respire, où suis-je ? Droite, gauche, tourne, saute, tableau 1-2-3-4… couloirs, coulisses, balcons, vitrail, ombres, flashs. Dans ma tête : « Vous êtes un Corps de ballet ». C’est ça ! Pas sans eux, pas sans moi. Et si j’me plante ? tais-toi ! C’est l’énergie qui se voit. Jouis plutôt ! Jouis de vivre en dansant. Ta fleur blanche t’attend sur le petit muret.
Bientôt, je vais la serrer entre mes dents. Je vais la serrer fort avant de lui dire adieu, muette : ce soir je parle avec mon corps. Posée, au bord de mes lèvres, elle chatouille mon nez, elle rougit sûrement encore un peu plus.
Des canons, vagues puissantes, rappels chorégraphiques annoncent la fin.

Les mains posées sur mon visage, mon souffle chaud l’embue un peu plus encore. Mon front glisse, mes yeux sont humides, mélange de larmes et de sueur. Tout ce que je sais, c’est que je ne veux pas la quitter, non pas déjà, non pas si vite. « très lentement », « soignez bien vos pointes de pieds ». Je saisis : il s’agit de bien se quitter, du bout des doigts jusqu’à la pointe des pieds, les yeux rivés sur cette fleur empourprée à l’endroit de sa tige d’où je l’ai tenue, sur et au travers de laquelle on ne peut qu’y laisser un peu de soi.
Quant à mon corps -ma chair – il porte le sceau du ballet.

Ce matin, je me suis sentie un peu seule sans la troupe ! C’est con. Je ne savais pas trop quoi faire de mon corps…
Désormais, lorsque je mettrai du rouge sur mes lèvres et une petite culotte couleur chair, ça ne sera plus comme avant.
Merci Clément.

Estelle Planson